Echange de timbres et philatélie
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De nouveaux faux… mieux imprimés que les originaux
Newsletter de la maison Calves #102 sept. 30

Nous sommes particulièrement heureux de vous retrouver après cette longue pause estivale. Et puisque plusieurs d’entre vous ont pris la peine de nous écrire - ou même de nous téléphoner - pour savoir quand ils recevraient enfin une nouvelle newsletter, commençons par les rassurer : dès la semaine prochaine, vous nous retrouverez de nouveau chaque mardi.

De nouveaux faux chinois viennent de faire leur apparition et certains présentent une particularité plutôt inquiétante : leur impression est meilleure que celle des timbres authentiques. À tel point que cette qualité supérieure constitue elle-même un indice permettant de les reconnaître.

Cette étonnante histoire nous en a rappelé une autre, vieille de plus de trente ans. En 1992, La Poste avait là aussi réussi à produire un retirage de moins bonne qualité que le tirage « amateur » qu’elle cherchait à remplacer : celui du célèbre carnet Colbert de Marseille. Nous avons donc saisi l’occasion de vous raconter cette histoire depuis le début.

Bonne lecture, et surtout merci d’avoir attendu notre retour avec autant d’impatience.

Nouveaux faux français en circulation : comment les reconnaître ?

De nouveaux faux de timbres français viennent de nous être signalés. Deux émissions sont cette fois concernées : le feuillet du 75e anniversaire du Petit Prince de 2021 et celui de Paris-Philex 2024. Leur qualité est suffisamment bonne pour tromper bien des acheteurs. Plus étonnant encore : sur le Petit Prince, l’un des meilleurs moyens de reconnaître le faux est la qualité de son impression… supérieure à celle de l’original.

Ce n’est malheureusement pas la première fois que nous vous alertons sur la présence de faux modernes destinés à tromper La Poste. En février 2024, nous avions notamment consacré un article à l’arrivée sur le marché de faux concernant les carnets « Tourisme », « Marianne l’Engagée » ou « Métiers d’Art », ainsi que le feuillet « Dewoitine ». Nos lecteurs nous avaient ensuite signalé plusieurs autres émissions touchées, parmi lesquelles « Entre ciel et terre », « Métiers d’excellence » et le feuillet consacré au tombeau de Toutankhamon.

Ces faux sont importés en quantité par des revendeurs peu scrupuleux puis revendus sur des sites de vente en ligne à des prix très inférieurs à leur valeur faciale. Soyez vigilant : le Code pénal français réprime non seulement la fabrication de faux timbres-poste, mais également leur vente, leur transport, leur distribution et leur usage. L’article 443-2 prévoit une peine pouvant atteindre cinq ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende. La Poste prévoit par ailleurs une procédure spécifique lorsqu’elle détecte un affranchissement contrefait.
Paris-Philex 2024 : sortez votre loupe

Le premier faux concerne le feuillet Paris-Philex 2024, référencé F131 au catalogue Yvert et Tellier. Émis en 2024, il comporte quinze timbres Marianne de l’Avenir associés au visuel de Paris-Philex.

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Faux feuillet Paris-Philex 2024.

Ici, les faussaires ont laissé un indice assez facile à repérer dès lors que l’on dispose d’une bonne loupe. Sur le faux, l’impression apparaît constituée d’une multitude de petits points très réguliers, nettement individualisés et qui ne se rejoignent pas. Ce tramage est particulièrement visible lorsqu’on agrandit fortement certaines parties du dessin.

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Timbre faux

Sur le timbre authentique, l’aspect est très différent. Les couleurs et les différents éléments de l’impression se fondent les uns dans les autres : on ne retrouve pas cette succession régulière de points isolés caractéristique du faux.

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Timbre authentique

Le Petit Prince : quand le faux est mieux imprimé que le vrai

Le second cas est plus surprenant. Il concerne le feuillet émis en 2021 pour le 75e anniversaire de la première édition française du Petit Prince, référencé F21 chez Yvert et Tellier. Il s’agit d’une feuille de quinze timbres imprimés en héliogravure.

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Faux feuillet Petit Prince.

Là encore, les faux qui nous ont été présentés sont de très bonne qualité. Mais c’est surtout le traitement de la couleur dorée qui permet de les distinguer. Sur le faux, cette partie de l’impression présente un très léger enfoncement du papier. Le dessin des lettres est net, précis et parfaitement délimité. Sur le timbre authentique fabriqué par La Poste, le résultat est beaucoup plus grossier. Les contours sont moins précis et les lettres sensiblement moins bien définies.

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A gauche : le timbre authentique. A droite : le timbre faux.

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En haut : le timbre faux. En bas : le timbre authentique.

Nous avons donc cette fois une situation pour le moins inhabituelle : pour reconnaître le faux, il faut chercher celui qui est le mieux imprimé.
Et si La Poste revenait un peu plus à la taille-douce ?

Nous avons trop de respect pour le savoir-faire de l’Imprimerie des timbres-poste de Boulazac pour conclure que La Poste ne sait plus fabriquer de beaux timbres. Elle continue au contraire de produire en taille-douce des émissions remarquables, qui témoignent d’un savoir-faire technique et artistique que peu d’imprimeries possèdent encore.

Mais peut-être La Poste gagnerait-elle à privilégier ce savoir-faire et à multiplier un peu moins les émissions en héliogravure. La taille-douce est certes plus coûteuse à mettre en œuvre. Mais elle possède deux qualités essentielles : elle est beaucoup plus difficile à contrefaire et, surtout, elle donne au timbre une véritable dimension artistique, grâce au travail du dessinateur, du graveur et de l’imprimeur.

Cela nous éviterait en tout cas d’en arriver à cette conclusion désolante : pour certains timbres français récents, l’un des moyens de reconnaître le faux est désormais de constater qu’il est mieux exécuté que l’original.


Les faux chinois, suite...
Newsletter de la maison Calves #103 oct. 6

À la suite de notre dernière newsletter consacrée aux faux timbres français fabriqués en Chine, nous avons reçu plusieurs témoignages de lecteurs sur la manière dont ces contrefaçons sont proposées sur un site d’enchères en ligne bien connu.

Le scénario est presque toujours le même : des comptes de particuliers apparaissent, proposent pendant quelque temps d’importantes quantités de timbres à des prix défiant toute concurrence, puis disparaissent aussi rapidement qu’ils étaient apparus - parfois après avoir réalisé plusieurs milliers d’euros de ventes. Peu après, des offres comparables réapparaissent sous d’autres comptes.

Et ce n’est encore que la partie visible de l’iceberg. L’un de nos lecteurs nous a ainsi transmis une offre reçue directement, en privé, de la part d’un vendeur. Les tarifs proposés donnent une idée assez saisissante de l’économie de ce trafic :

Carnet de 12 timbres Lettre verte : 3 € pour une valeur d’affranchissement actuelle de 18,24 €, soit 16,4 % de sa valeur ;

Mini-feuille de 10 timbres Chasseur Dewoitine : 6 € pour 52,60 € de valeur faciale, soit 11,4 % ;

Feuille de 15 timbres Agnès Varda à 1,96 € : 4 € pour 29,40 € de valeur faciale, soit 13,6 % ;

Feuille de 15 timbres Lettre verte Paris-Philex 2024 : 3,50 € pour une valeur d’affranchissement actuelle de 22,80 €, soit 15,35 % ;

Feuille de 15 timbres Fête du Timbre à 1,29 € : 4 € pour 19,35 € de valeur faciale, soit 20,7 % ;

Feuille de 15 timbres Vierge de Canolich à 1,16 € : 3,50 € pour 17,40 € de valeur faciale, soit 20,1 % ;

Feuille de 12 timbres Robert Nanteuil à 1,16 € : 3 € pour 13,92 € de valeur faciale, soit 21,6 %.

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Le feuillet Robert Nanteuil proposé à un prix dérisoire.

Ce qui frappe également, c’est la régularité avec laquelle les faussaires suivent le programme philatélique de la Poste. Lorsque les premiers faux modernes ont commencé à être signalés, on pouvait encore imaginer un phénomène circonscrit à quelques émissions. Ce n’est manifestement pas le cas. Nous rencontrons désormais des contrefaçons allant au moins jusqu’à 2024.

Ce qui interroge, dans ce contexte, est le silence de la Poste. Car ces faux ne sont plus un secret pour personne. Nous-mêmes, à notre modeste échelle, leur avons consacré plusieurs articles. Mais le sujet a surtout été évoqué par la CNEP, la presse philatélique, la presse régionale et nationale - Ouest-France, France 3, TF1, La Dépêche… - et même par les douanes. Du côté de la principale intéressée, en revanche : rien, ou presque. La seule prise de parole que nous ayons pu retrouver est celle de Paul Dworkin, directeur de Philaposte et président de l’Adphile. Interrogé par Le Monde en février 2024, il expliquait alors ne pas souhaiter « parasiter les enquêtes en cours ».

Deux ans et demi plus tard, une nouvelle prise de parole serait sans doute bienvenue, ne serait-ce que pour expliquer ce qui a été fait depuis. Quelles mesures La Poste a-t-elle concrètement prises pour endiguer la diffusion de ces contrefaçons ? Les techniques d’impression ou les dispositifs de sécurité ont-ils évolué ? Existe-t-il, plus largement, un véritable plan de lutte contre ce phénomène ?

Nous connaissons tous le proverbe : « Qui ne dit mot consent. » Il serait évidemment absurde de dire que La Poste consent à quoi que ce soit. Mais il serait regrettable que les faussaires, eux, finissent par interpréter son silence comme le signe qu’ils peuvent poursuivre tranquillement leurs activités.


Par phila37 le 06/10/2026 à 20h29:44 (modifié le 06/10/2026 à 20h31:06)

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